28 octobre 2010

Aventure: 6 heures derrière un Nikab



















Ph/DR. Les mystères du Nikab...
Il fait bon se faire passer pour une nikabisée en Europe ou aux Etats-Unis, cela a tout d'un thriller palpitant. Par amour de l'aventure quelques journalistes l'ont déjà fait en Occident. Cependant, qu'en est-il d'un cache-cache made in Cairo? Mon article paru dans le Petit Journal vous répondra...
"On dit souvent que pour mieux comprendre les souffrances d'une personne, il faut se mettre à sa place. Pour comprendre le phénomène du Nikab, notre journaliste Houda Belabd s'est prêtée au jeu du déguisement. Zoom
Les femmes voilées ne manquent pas en Egypte. Cependant, la tendance est au voile intégral et au Nikab actuellement. Si ces deux dernières tenues existent même dans les capitales européennes, pourquoi n'existeraient-elles pas au pays des pharaons ?
Ici au Caire, dans les métros plus précisément, on ne voit que ces "soeurs" à part entière. Toutefois, elles se dirigent automatiquement vers les compartiments réservés aux femmes. Ailleurs, c'est totalement le fiasco!
Je me suis toujours interrogée sur les réactions de ces femmes face aux difficultés auxquelles elles sont confrontées au quotidien. C'est pour cela que je me suis déguisée en "Nikabisée" par un doux samedi ensoleillé.
Regards tantôt moqueurs, tantôt rieurs, quelques clins d'oeil de la part de certains dragueurs... La journée ne fait que commencer, me suis-je dite ! Et dire que les Egyptiens sont des lève-tard. Il est à peine 9 heures du matin et quelques cafés commencent déjà à se remplir.
J'étais à 5 minutes du métro, j'ai essayé alors de héler un taxi : mission impossible hélas ! Je me suis demandée, à ce moment-là, si j'étais bien au Caire.
Mais bon, le métro n'est pas loin.
Suis-je transparente ou invisible?
Arrivée devant le guichet du métro, tout le monde me devance. Se sont-ils dit qu'une femme qui porte le Nikab n'a pas à se précipiter ? ! Ces femmes entièrement couvertes seraient-elles dans les regards des autres, sans vie, sans occupation et sans sentiment ? Je ne peux que répondre par l'affirmation à ces questions. Et je commence sincèrement à plaindre ces femmes-là.
Le trajet est pour le moins drôle, j'accède au wagon pour femmes et je reçois, à ma grande surprise, quelques sourires de la part de quelques touristes, visiblement anglaises, vu leur accent. Peut-être pour elles, je fais partie du côté folklorique de l'Egypte.
Chassez le naturel...Juste avant de sortir du métro et plus exactement dans les escaliers de sortie, mon portable sonne. Oops, la distraite que je suis n'a pas changé sa sonnerie fétiche du DJ Vendetta, une sonnerie qui rappelle les discothèques les plus branchées.
L'homme derrière moi a pouffé de rire, il y a de quoi en tout cas. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Décidément, lorsque vous chassez le naturel, il revient au galop !
Nikabisée mais pas bébête!
Se déguiser en "nikabisée". Mission tellement dure et pour le moins surprenante. En effet, dès lors que l'on se couvre de la tête aux pieds, la personne que nous sommes devient tantôt dangereuse, tantôt bébête ou alors mystérieuse. En d'autres termes, on ne vaut plus rien ou presque.
Décidément, l'habit ne fait pas le moine, mais la robe fait la femme, comme disait l'autre... Mon déguisement n'a pas duré plus d'une journée, mais m'a appris tellement de choses sur ces femmes. Dorénavant, je sais mieux ce qu'est l'hypocrisie sociale qui gagne du terrain quant au Nikab. Quand ces soeurs sont entourées de personnes pieuses, elles sont assimilées comme étant des saintes. Car la décision de porter ce tissu qui couvre tout, sauf les yeux, commence le plus souvent par du prosélytisme... Et quand elles sont dedans, bonjour les étiquettes des plus aux moins raisonnables.
Il fut environ 14 heures quand je me suis dirigée vers une mosquée. Là-bas, plusieurs jeunes filles et femmes portaient le Nikab. Je croyais que ma visite allait passer inaperçue jusqu'à ce que je vois une situation assez inadmissible. Curieusement, juste à proximité de moi, une soi-disant nikabisée n'obéissait pas aux bonnes règles de la prière. En effet, en récitant les versets coraniques, elle posait sa main gauche sur sa main droite alors que c'est le contraire qu'il faut faire. De plus, j'étais obligée de lui donner un coup de coude en lui mimant comment elle devait prier. En plus de cela, elle était la dernière à se lever et à se mettre à genoux, etc.
Au moment de quitter la mosquée, les regards les plus respectueux étaient réservées aux femmes qui portaient le tissu incriminé. Les voilées se sentant moins "vêtues", s'enhardissaient à étirer leur chemisiers pour cacher leurs formes visibles. Les non-voilées évitent, en général, de passer devant les mosquées, pour ne pas être la cible des regards.
Evidemment, le tout est une question de place. Devant la corniche, il est tout à fait normal de croiser une nikabisée qui se promène avec son tourtereau, la main dans la main. Le romantisme peut-être islamique aussi... Ailleurs, devant les guichets des banques par exemple, la situation est totalement différente: ces femmes sont obligatoirement priées de soulever le voile qui cache leurs visages pour prouver l'authenticité avec la photo de la C.I.N.
A vrai dire, cacher son visage, dans un pays musulman ou pas, cela relève du parcours du combattant! Les plus farouches ont choisi l'option "at home"."
Houda Belabd
Source: Le Petit Journal.

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