2 octobre 2010

ENTRETIEN - Des fatwas, en veux-tu ? En voilà !












PH/DR. Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux et écrivain.

Pour tâcher de bien comprendre la prolifération des fatwas ces dernières années, lepetitjournal.com a interviewé

Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux. C'est parti!

Houda Belabd : Comment définirait-on aux novices, le terme "fatwa" ?Dounia Bouzar : Le terme fatwa, contrairement à la façon dont on en parle en Occident, n’est qu’un avis religieux. Contrairement à l’esprit de l’islam qui établit un rapport direct entre le croyant et Dieu, une sorte de clergé officieux s’est instauré dans l’islam. Et au lieu de retourner à la source, au lieu de se réapproprier les textes (le Coran), et de comparer les différentes réflexions de savants, de nombreux musulmans se basent sur de simples fatwas...

Que pensez-vous de ces fatwas qui font de la femme un être créé pour être méprisé par l'homme, exempt de respect ?

Dans ce type de fatwas, on retrouve les traditions de domination masculine d’avant l’avènement de l’islam... Pendant les premiers siècles de l’islam, c’était un peu explicable: les traditions ancestrales machistes étaient bien installées, c’est normal qu’elles aient influencé certains des premiers musulmans dans leur lecture du Coran, bien que le Prophète avait montré un exemple féministe révolutionnaire...

Que pensez-vous, à titre d'exemple, de la fatwa iranienne qui met les tremblements de terre sur le dos des femmes qui s'habillent en tenues légères ?

Dans le Coran, Eve n’est pas responsable du péché, contrairement à la version chrétienne. Ce type de fatwa qui réduit les femmes à des objets sexuels de tentation reprend donc les interprétations du Moyen-âge, complètement remises en cause aujourd’hui, et qui vont à l’encontre du Coran !

L'Islam, religion de la tolérance, mentionne-t-elle quelque part que la femme n'a pas le droit à la parole (dans le domaine politique à titre d'exemple) ?

A l'époque du Prophète de l'Islam, encouragées par les directives du Coran et du Prophète, les femmes ont investi le champ social et se sont alliées politiquement et spirituellement avec le Messager de l’islam. A la mort du Prophète, une personne sur huit de l’élite intellectuelle était une femme, et ceci en quelques années ! Cela montre bien comment le Coran transmet un message égalitaire de droits et de responsabilité entre hommes et femmes, et l’acquisition du savoir et la participation à la cité ne sont pas pour les femmes uniquement un droit, ce sont des devoirs !

Houda BELABD (www.lepetitjournal.com - Le Caire - Alexandrie) lundi 20 septembre 2010 (Source)


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