17 janvier 2011

Emos: les maux d’une jeunesse à la dérive



















PH/DR. Des maux et des émos!


Ils sont estimés à quelques milliers d’adeptes au Maroc. « Ils », ce sont les « émos ». Leur devise : punir le corps pour oublier les peines du cœur. Radioscopie d’un mode de vie peu ordinaire.
Le mouvement «émos» au Maroc gagne du terrain. A contrario de la « tecktonik », - mouvement qui est apparu en 2006 mais qui a battu en retraite-, celui des « émos » prospère dans nos écoles et nos quartiers huppés. Mais c’est surtout sur les forums de discussion et les blogs qu’ils se rencontrent, partagent leurs idées suicidaires et leurs moments … euphoriques. Qui sont-ils? Que revendiquent-ils ? Et quels maux endurent-ils ?
Amour vs amitié
Le mode opératoire des émos: se servir de l’automutilation pour soulager le poids du supplice, car les adeptes du mouvement considèrent que «c’est à travers le sang que les blessures du cœur coulent et s’en vont». Leur code vestimentaire: des jeans hyper moulants dits «slims» rappelant le style tecktonik, des t-shirts kawaï (mot japonais signifiant l’art du beau), des cheveux lisses avec une frange laquée sur le côté, avec ou sans accessoires et des yeux charbonneux, tracés avec un crayon noir ébène. Souvent confondus avec des satanistes, des gothiques ou des tecktonikeurs, leur philosophie est différente car jamais l’histoire des mouvements et des sectes n’aurait connu des individus aussi doloristes. Et il se trouve, malheureusement, que cette vague soit majoritairement composée de collégiens et de lycéens.
Ces jeunes ados semblent trouver un remède peu ordinaire aux blessures d’Eros. Ainsi, chaque émo qui se respecte doit privilégier les fréquentations au sein du même sexe, vu que la peine du cœur provient généralement du sexe opposé. Choix qui fait que les émos sont également pris pour des homosexuels...
Si ce courant peine encore à intégrer les sociétés occidentales, la nôtre lui est d’autant plus hostile que les émos marocains sont en continuels imbroglios avec les autorités parce qu’ils sont confondus avec les témoins de Satan. Néanmoins, il y a de quoi susciter la méfiance car les idéaux des émos ne sont pas sans plaire au prince des ténèbres : «La mort n’est pas à craindre, nous sommes tous susceptibles de mourir atrocement un jour. Autant poétiser la souffrance, titiller le danger et y prendre plaisir», pense Meriem surnommée «Hémorragie» et élève au lycée Lyautey.
Châtiments tous azimuts
C’est dans des endroits huppés tels l’avenue Zerktouni de Casablanca ou l’avenue de France de Rabat, dans les grands malls ou les cafés des corniches que vous risquez de croiser des émos, bien de chez nous. S’ils sont, dans leur quasi-totalité issus des classes aisées, les milieux défavorisés ne boudent pas non plus le mouvement. Souvent en groupes, ils errent à la recherche d’un peu d’ombre, à l’abri des curieux. Leurs cicatrices (souvent au bras) en disent long sur les ravages de l’automutilation. Toutefois, il y en a qui ont trouvé pire que celle-ci. Il s’agit de la drogue, poison qui puise parfaitement sa validité dans l’esprit émo et un moyen, parmi d’autres, de châtier leurs corps de rebelles. «Contrairement à ce que certains se plaisent à raconter derrière notre dos, nous ne sommes pas accros à la drogue puisque nous versons plus dans le spleen que dans la débauche. Toutefois, quelques shoots de haschich, à doses très homéopathiques, ne nous feront que du bien. Car cela nous aide à pleurer et à extérioriser nos douleurs», ajoute Meriem, 16 ans, devenue émo au lendemain d’une rupture sentimentale.
Mais il existe des émos, très critiques sur leur philosophie. Ceux-ci ont même franchi le pas d’aller voir un pédopsychologue. «Heureusement, les émos qui sont venus consulter dans mon cabinet vivent ce passage comme une transition, à la recherche d’une facette plus mûre de leur personne», nous lance d’emblée le Dr. Amine Benjelloun, pédopsychologue et professeur associé de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Et d’ajouter: «Les émos peuvent exprimer toutes leurs émotions, même les plus obscures, les plus dures… jusqu’ici, il n’ y a rien de dangereux, rien de sectaire. Mais quand cela frôle le suicide, l’entourage et les parents doivent intervenir en favorisant un climat de dialogue maintenu et constructif». Malheureusement, c’est là où l’écart se creuse ouvrant la voie aux dérapages les plus regrettables, vu que souvent, les parents sont les derniers à savoir que leurs rejetons sont des émos «pratiquants». En effet, il existe des rites d’initiation au clan de ces hyperémotifs, dont l’automutilation collective et les piercings dans des zones sensibles telles les lèvres.
Emos ou masos ?
C’est dans «l’Emotional Hardcore» - une musique forte en tristes émotions - que ces jeunes puisent leur «inspiration». De même, leur quotidien est d’autant plus houleux que même leur expression verbale est d’un pessimisme pur et dur. Ainsi, à en croire leurs propos: «L’en deçà est la source de toutes les catastrophes», «Les humains sont tous injustes sauf les émos», «La mort est la solution de tous les maux» et on en passe …
Décidément, dire que les émos puisent leur bonheur dans la souffrance est un euphémisme. A fortiori si ces jeunes flirtent avec la mort en toute sérénité dans le simple but de se «démarquer» de la masse. De même, les qualifier de masochistes est un jugement fondé. Cependant, comme l’adage dit qu’ «entre deux maux il faut choisir le moindre», les émos demeurent moins suicidaires que les «pro-anas». Ces derniers étant des personnes, plus ou moins jeunes, qui puisent leur bonheur le plus inouï dans les maladies périlleuses telles les MST, les hépatites, l’anorexie et la boulimie… maladies qu’elles attrapent avec préméditation.
Côté rencontres, les émos tiennent à élargir leur réseau de recrues. Même la toile est mise à contribution. A titre d’exemple, sur le site communautaire Facebook, les émos organisent des meetings réguliers à travers la création de nombreux groupes de discussion et ce, depuis 2008, l’année qui a réellement révélé ce phénomène dans notre pays. Toutefois, ce qui est de plus en plus en vogue dans les sites marocains, ce sont ces blogs truffés de photos des jeunes adeptes de cette mode. En conséquence, on trouve des lolitas très «fleurs bleues», maudissant les relations sentimentales filles-garçons et des jeunes dandies maquillés, à la Bill Kaulitz, faisant ainsi l’objet des railleries des blogueurs, en passant par les émos en herbe qui demandent des renseignements sur la vague…
Décidément, la toile reste pour les émos un moyen de prouver l’existence du phénomène, même virtuellement, au commun des mortels. De plus, les forums de discussion ne sont pas en reste, surtout si l’on sait qu’un grand nombre d’émos a rejoint le phénomène grâce à ces fourmillants salons électroniques, d’après les témoignages collectés. Quoi qu’il en soit, «l’émo attitude» se vit, se respire à pleins poumons et se propage sur le Net et partout dans le monde.
Houda Belabd
Puce Magazine

1 commentaire:

  1. bel article
    on peut opposer le mouvement emo à celui des skins.
    d'ailleurs, les soirées skins explosent à Casa et Marrakech, sujet intéressant si l'on prend le temps de s'y pencher un peu.
    Bon blog

    Kusodomo
    http://blogdelahaine.blogspot.com/

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